Lettre de Françoise Autret

au Dr. Vu Ngoc Quynh

Monsieur le Professeur,

 

Par mon amie d’enfance, Louise Huard-Brocas, de l’ALAS, j’ai su le rôle d’importance que vous allez très prochainement être amené à remplir à Dalat à l’occasion de cette belle rencontre sur les Instituts Pasteur d’ « Indochine ».

 

C’est grâce à vous que je vais pouvoir faire parvenir à Monsieur Abdou Diouf, par l’intermédiaire de Monsieur Cocatrix, « Chateaubrillances », ce livre en deux tomes et 980 pages de témoignages d’anciens élèves et enseignants du lycée français de Rome, le Lycée Chateaubriand, tout au long du vingtième siècle qui, une fois terminé, s’avère un bel hommage à la Francophonie. C’est la Fondation Louis Florin - qui a permis la sortie de ce livre, premier en son genre, et m’en a confié la maîtrise d’œuvre, l’an dernier – qui désire l’offrir à Monsieur Diouf par mon intermédiaire. Je vous en remercie donc très vivement.

 

Mon père, Marcel Autret, sorti Pharmacien-Chimiste et Lieutenant de l’Ecole de Santé Navale de Bordeaux en 1933, a fait un premier séjour aux Instituts Pasteur d’Indochine, Saigon puis Hanoi, de 1934 à 1937. C’est à la fin de ce premier séjour où il était chargé plus particulièrement de l’épuration des eaux, qu’il a eu l’occasion de rencontrer plus longuement le Docteur Yersin à Saigon car il lui ramenait des plants de quinquina, en revenant de la Conférence internationale sur l’Hygiène de 1937 à Bandoeng. Et c’est lors de son second séjour, à l’Institut Pasteur de Hanoi de 1938 à 1947, qu’il s’est penché particulièrement sur les problèmes de malnutrition (il a alors co-écrit un certain nombre d’articles avec le Professeur Huard sur quelques maladies de l’enfance) qui l’ont fait remarquer par l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture, la FAO, où il est entré en 1948 à la Division de la Nutrition, Division dont il est devenu le Directeur en 1960, avant de prendre en 1971 une retraite très remplie, puisqu’il était Expert pour de nombreux organismes internationaux. C’est en 1984 qu’il est allé à Hanoi pour la pose de la première pierre de l’Institut de Nutrition auquel il tenait beaucoup (premier directeur : le Docteur Tu Giay). La cérémonie fut présidée par le Général Giap. Mon père est retourné à Hanoi en 1992 pour l’inauguration de cet Institut, dont la bibliothèque porte son nom. Le Gouvernement vietnamien lui a fait le grand honneur en 2001 de lui décerner la première « Médaille d’Or pour la Santé du Peuple vietnamien ».

 

1938-1946, toute une enfance à Hanoi, vous comprenez pourquoi ce pays est resté tellement cher à mon cœur. Aussi, puis-je me permettre de vous offrir ce « Pousse de Bambou » ? Ce petit livre a été écrit à la demande de mes enfants qui désiraient connaître mon enfance - qui fut rare grâce au pays où elle se déroula - et les raisons de l’enthousiasme de leur grand-père pour ce pays où il a tant œuvré. Il est présenté comme un cahier scolaire puisque je l’ai écrit, à l’âge d’être grand-mère, avec les yeux de l’enfant que j’étais alors. Pétrarque disait, en parlant de Rome : « étant tant estimée, qui te pourra louer qu’en se taisant ? Car la parole est toujours réprimée quand le sujet surmonte le disant ». Je pourrais plagier Pétrarque pour ce pays de mon enfance, mais je tenais à transmettre à mes enfants sa beauté, son accueil, ses richesses pour l’esprit, et l’amour qu’il inspire. Puisse-t-il vous amuser ou vous faire sourire...

 

En me permettant de vous souhaiter une très belle énergie pour cet immense travail que vous acceptez de donner à la mémoire des Instituts Pasteur (l’âme du Professeur Yersin sera près de votre épaule, comme celles du Dr Huard et celle de mon père), et toute la réussite et le renom que mérite la manifestation à laquelle vous participez, je vous prie de bien vouloir agréer, Docteur, l’expression de ma très vive considération.

 

Écrire commentaire

Commentaires : 0