Peste & Cholera

A propos du livre de Patrick Deville

Patrick Deville Montpellier 2012
Patrick Deville, Montpellier 2012

Ce roman est basé sur la vie d'Alexandre Yersin, et en tant que tel nous interesse.

Il est publié au Seuil et a reçu

  • Le prix du Roman  FNAC 2012 et
  • Le prix Fémina 2012.

Comme toute oeuvre, il est sujet à discussions dont on peux voir les echos ci-dessous.

Quelque soit sa qualité intrinséque et littéraire, ce livre a le grand mérite de ramener au grand jour le destin du docteur Alexandre Yersin, qui fut aussi peut etre un peu trop modeste en son temps, et est encore bien méconnu.

 

Ci dessous la présentation du livre au Seuil :

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Présentation :

Ce n’est pas une vie que de ne pas bouger.

 

Parmi les jeunes chercheurs qui ont constitué la première équipe de l’Institut Pasteur créé en 1887, Alexandre Yersin aura mené la vie la plus mouvementée. Très vite il part en Asie, se fait marin, puis explorateur. Découvreur à Hong Kong, en 1894, du bacille de la peste, il s’installe en Indochine, à Nha Trang, loin du brouhaha des guerres, et multiplie les observations scientifiques, développe la culture de l’hévéa et de l’arbre à quinquina. Il meurt en 1943 pendant l’occupation japonaise. Pour raconter cette formidable aventure scientifique et humaine, Patrick Deville a suivi les traces de Yersin autour du monde, et s’est nourri des correspondances et documents déposés aux archives des Instituts Pasteur.

 

Réécoutez l’entretien de Patrick Deville par David Collin dans l’émission Entre les lignes.

 


Discussion


Ce que j'en pense...

Par Daniel Minssen


Un roman ? Pas vraiment, au sens habituel du terme. Plutôt une sorte de
biographie arrangée, où l'auteur met son héros, Yersin, dans des situations
plausibles, où il zigzague continuellement entre réalité des faits et comparaisons
avec des personnages célèbres de son époque, en particulier Rimbaud, mais c'est
de préférence avec Livingstone que, personnellement, je trouverais un parallèle
plus cohérant.
Peste & Choléra ? Oui, mais le choléra n'apparaît pas dans l'ouvrage
d'une manière explicite, bien que Yersin, en Indochine, ait fait un long travail
sur le choléra des poules. L'auteur, questionné, explique le titre : tout d'abord
l'expression bien connue, mais aussi les divergences, presque le fossé entre
pasteuriens et ceux de l'école de Koch, les premiers s'orientant vers des
recherches sur la diphtérie, la peste, les seconds vers la tuberculose et le choléra.
Libre au lecteur de se faire une opinion.
Tout au long du récit, Patrick Deville nous fait côtoyer ces chercheurs,
explorateurs, inventeurs, que certains ont qualifiés d'aventuriers, mais qui
tissèrent la trame de ce que fut la science et la connaissance du monde durant la
seconde moitié du XIXème siècle et qui ouvrirent la voie de ce fulgurant
foisonnement de découvertes (Einstein... et bien d'autres) du début du XXème
siècle.
Au cours de ces quelques 220 pages, dont le style alerte – phrases courtes
mais descriptions détaillées – permet une lecture agréable, l'auteur nous emmène
en compagnie de nombreuses figures de premier plan et d'autres moins connues,
en des lieux exotiques pour certains, plus conventionnels pour d'autres, mais
toujours d'une manière alerte, qui bouge sans arrêt.

 

On pourra cependant trouver quelques erreurs et exagérations (sont-elles
volontaires ?) : non (p9) Yersin n'a pas été parmi les premiers aviateurs ; si (p33)
Yersin voit la mer pour la première fois du haut d'une falaise, au Tréport ; non
(p94) Yersin, au cours d'une exploration, combattant des brigands, n'a pas été
traversé par une lance comme un insecte sur le carton (il n'y aurait
certainement pas survécu dans la jungle et n'en fait pas mention dans ses lettres,
une main entaillée et une jambe cassée, cela suffit !) ; non (p135) yersin n'a pas
dessiné et fait construire sa maison –le bunker-, à Nha Trang, mais il a conçu les
plans de nombreux autres bâtiments (Institut Pasteur, etc) ; et enfin non (p161)
le chalet du Hon Ba n'est pas sur une colline, mais perché sur une vraie
montagne à 1.500 mètres d'altitude (j'y ai transpiré...). Mais passons, tout cela
relève sans doute du mentir vrai propre à tout écrivain, pour la beauté de
l'histoire.
Une dernière remarque, un manque, qui à mon sens a de l'importance : la
cause réelle et effective qui a conduit Yersin à claquer la porte de l'Ecole de
médecine de Hanoi qu'il venait de créer. C'est son profond désaccord avec Paul
Beau, gouverneur général de l'Indochine qui succéda à Paul Doumer. Yersin
écrit : Avec les idées du Gouverneur actuel, il n'y a rien à espérer pour l'avenir
des élèves [...] On ne veut en faire que des infirmiers, ce que je ne pourrais
accepter. Ce n'est donc pas l'envie de bouger qui le fait quitter Hanoi (p145),
mais son désir déçu de créer une médecine indigène. Heureusement, les choses
ont changé, oh combien !


Pour conclure ces impressions, un dernier mot : lorsque je me suis procuré
cet ouvrage auprès de mon libraire de quartier – si ! il en existe encore ! – celui-
ci m'a déclaré : Lu et approuvé. A vous de juger...


Septembre 2012
Daniel Minssen

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Commentaires : 9
  • #1

    Daniel M. (mercredi, 07 novembre 2012 16:08)

    Novembre 2012
    Après re-re-relecture de l'ouvrage, mon opinion est beaucoup moins favorable. Si l'on ajoute toutes les grossières erreurs, le plagiat, les nombreux copiés-collés sans source, non, cela ne méritait pas 2 perix littéraires (Il n'a d'ailleurs pas le Goncourt) Pour plus d'infos les curieux pourront consulter l'article de J.Y.Nau sur www.slate.fr en date du 6/11 rubrique culture livres "Les lettres qui fâchent". Merci de réagir.
    Daniel M.

  • #2

    Samuel Maruta (mardi, 20 novembre 2012 05:03)

    Pour ma part j'ai beaucoup aimé le livre de Patrick Deville. Quand au plagiat c'est un terme qui ne veut pas dire grand chose ici, on n'est pas dans l'écriture d'une somme biographique universitaire, ni dans la 'découverte' d'un bacille, on est plus dans la veine du Ravel d'Echenoz, ou du Rimbaud le fils de Michon, des oeuvres littéraires qui ont pour inspiration un homme ayant existé. Donc 'lu et approuvé'!

  • #3

    Presidente d'AD@lY (jeudi, 22 novembre 2012 07:10)

    Cher Daniel, le grand merite de Patrick Deville est de tirer Yersin de l'anonymat, réparer une injustice qui est la conséquence de la grande modestie de ton illustre aïeul.
    A l'heure ou nos jeunes sont a le recherche de reperes, le coup de projecteur du prix Femina et de la finale du Goncourt sur ce roman ecrit avec le talent unique de Deville est un magnifique cadeau. Pour moi, le prix FNAC qu'il a reçu en premier est le plus significatif de son impact au plus grand nombre , verdict d'un jury de 400 libraires et 400 lecteurs!
    Rendez vous a Nhatrang sur sa modeste tombe a Soui Dau le 1 er mars 2013 pour l'anniversaire de 70 ans de sa mort. Merci a Jean Yves Nau pour la communication de Slate, fort intéressant pour les spécialistes, bravo pour ton analyse fouillée des ecrits ...nous attendons la publication intégrale des lettres de Yersin a sa mère que tu prépares depuis longtemps en tapant avec un doigt ! @+. Anna

  • #4

    Anna (lundi, 17 décembre 2012 05:38)

    Patrick Deville rafle " Le Prix des Prix " le jour de son anniversaire . Quel beau cadeau.
    ll doit un fière chandelle au découvreur de Yersinia Pestis
    "Peste & Cholera"est "un petit bijou d'écriture faisant oeuvre de salubrité publique en arrachant a l'oubli la figure magnifique d'Alexandre Yersin qui méritait de ne pas rester confinée au cercle des medecins et biologistes. Bravo et Merci a Patrick Deville"
    commentaire poste sur Amazon par Fabrice ( Tokyo Japon) que je partage pleinement.


    Rendez vous le 1 er mars 2013 pour bruler des batons d'encens sur la tombe de ONG NAM a Nhatrang ( Soui Dau) pour feter le 70 eme anniversaire de sa mort
    Avec Les Amis de Dalat sur les traces de Yersin AD@lY de Montpellier qu'il a rejoint depuis le 3 octobre 2012 et l'Association des Admirateurs de Yersin de Nhatrang ...entre autres.

  • #5

    Kimousse (dimanche, 30 décembre 2012 16:08)

    C'est ma grand-mère qui est sur cette photo!

  • #6

    Jacline (dimanche, 27 janvier 2013 13:01)

    J'ai bcp aimé cette reconnaissance d'un grand savant, malheureusement pas reconnu pour le Nobel qu'il méritait. C'était un Léonard de Vinci du XIX ème - XXème siècle, pour toutes ces recherches, inventions, constructions et découvertes.
    Cela donne vraiment envie d'aller à Nha Trang, mais cette ville n'est plus du tout ce qu'elle était, en attendant j'irai à l'Institut Pasteur de Paris.

  • #7

    Anna (mardi, 30 avril 2013 05:23)

    Les participants du circuit AD@lY sur les traces de Yersin ont pu vivre un moment inoubliable le 1er mars sur la tombe de Yersin à Soui Dau pour commémorer le 70 eme anniversaire de sa mort.
    Le colloque a réuni de nombreux participants dont le Consul de France, l'Ambassadeur de Suisse, les deux pays d'origine de Yersin.
    Merci à l'Association des admirateurs de Yersin d'entretenir tous les 1er mars fidèlement cet hommage. AD@lY est coorganisatrice de ces moments historiques à Nhatrang avec la présence entre autres de Patrick Deville et de quatre membres de la famille de Yersin.
    3 mars la Journee de la francophonie s'est déroulée à Dalat avec comme thème
    "Alexandre Yersin, un francophone à l'origine de Dalat". Le compte rendu sera bientôt disponible.
    "Alexandre Yersin, un francophone à l'origine de Dalat"

  • #8

    Nicolas (mardi, 07 mai 2013 16:27)

    J'ai découvert Yersin grace au livre de Deville. Outre le fait rendre hommage au grand savant j'ai apprécié que le livre nous donne de nombreux repères historiques tout à fait passionnants. Cela m'a donné envie de faire quelques recherches supplémentaires et me voici sur ce site.
    Je conseille donc la lecture du livre, mais pas tellement pour ses qualités littéraires.
    Bien sûr il y a sans doute quelques petits arrangements avec la réalité, le moins possible j'espère pour ce qui concerne les faits historique. Mais je comprends qu'on brode un peu pour rendre le récit agréable à lire.
    En fait le livre m'a donné l'impression d'être une sorte de "commande marketing" calibrée pour rafler les prix : nombre de pages, facile à lire, style alerte. Un bon blockbuster par analogie pour le cinema mais pas de l'art et essai (à quand la version téléfilm ?). Mais enfin j'ai pris du plaisir à le lire et je le recommande.

  • #9

    jacline (dimanche, 02 juin 2013 14:48)

    Quelle femme intéressante doit-être votre mère ! Elle doit avoir un tas de choses à vous raconter Kimousse !