24 mai 2013 : à L'Académie des Sciences d'outre-mer

Avec l'autorisation de la Présidente et du Secretaire perpetuel de l'Académie des  Sciences d'Outre-Mer


Alexandre YERSIN

Membre fondateur de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer, héros de roman

 

Programme :

 

  • Alexandre Yersin au travers de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer par Jeanne-Marie AMAT-ROZE
  • Présentation des intervenants suivants par Jean-Pierre DEDET
  • Alexandre Yersin un pastorien en Indochine par Annick PERROT, Conservateur honoraire du musée Pasteur à Paris
  • Alexandre Yersin, dans la genèse du roman Peste et choléra de Patrick DEVILLE, Ecrivain, Directeur de la Maison des écrivains étrangers et traducteurs de Saint Nazaire
  • Alexandre Yersin pour les Vietnamiens par Docteur Anna OWHADI -RICHARDSON, Présidente de l'Association AD@IY, les amis de Dalat sur les traces de Yersin.

Alexandre Yersin et l’Académie des Sciences d’Outre-Mer

Texte de J.-M. AMAT-ROZE

C’est un journaliste, Paul Bourdarie, qui prit, en 1922, l’initiative de créer une société savante tournée vers les questions de l’outre-mer. Les Séances de fondation eurent lieu au cours du second semestre de l’année 1922, complétées par une série de réunions au début de l’année 1923. Le 8 juillet 1923, au siège de l’Alliance française, se tint la réunion décisive. L’ordre du jour portait sur Fondation de l’Académie des sciences coloniales ; lecture et discussion des projets de statuts et du règlement intérieur et éventuellement du bureau. (Annuaire 2013 p. 11). Le 7 juin 1957, l’Académie des sciences coloniales devint l’Académie des sciences d’outre-mer.

 

Deux types de documents archivés permettent de suivre l’histoire de l’Académie : les Comptes Rendus des Séances Communications devenus  Mondes et Cultures Compte rendu annuel des travaux de l’Académie des sciences d’outre-mer , et les Annuaires.

Le tome 1er des Comptes-Rendus des Séances Communications parut en 1924. Il associait les années 1922 et 1923. Le plus ancien des Annuaires, dont nous disposons, est daté de 1942. N’y en avait-il pas avant ? Les plus anciens ont-ils été égarés ? Nous n’avons pas la réponse. On relève toutefois que l’année 1942 est celle de l’application d’un nouveau règlement intérieur qui introduit l’élection des académiciens. Auparavant, ils étaient cooptés. Y a-t-il une relation entre l’application de ce nouveau règlement et la publication des Annuaires ? C’est probable.

Quelles informations livrent ces documents sur les liens entre Alexandre Yersin et l’Académie ?

 

Le nom d’Alexandre Yersin apparaît pour la première fois dans le compte-rendu de la Séance plénière du 10 mars 1923, présidée par Ernest Roume, sous ces termes « La section des sciences physiques et naturelles présente ses listes » (p. 42 du Tome 1er). Alexandre Yersin est sur la liste des Associés nationaux, avec Charles Nicolle, directeur de l’Institut Pasteur de Tunis, Henri Perrier de la Bâthie explorateur de Madagascar, Henri Hubert administrateur en chef des Colonies, directeur des Services météorologiques de l’A.O.F. Ces candidatures, je cite, justifiées par des titres éminents et soutenues par la quatrième section sont successivement adoptées. (p. 43 dudit Tome). Comme le lieu de résidence des uns et des autres était éloigné de la métropole, les fondateurs les inscrivirent dans le groupe des Associés nationaux. A la fondation de l’Académie, les associés formaient 3 groupes : les associés nationaux, les associés étrangers, Albert 1er Roi des Belges, et les associés coloniaux, l’Empereur d’Annam et le Bey de Tunis par exemple.

Dans Annuaire pour 1942, les Associés nationaux sont devenus Membres non résidants, résultat de l’application du nouveau règlement intérieur. Article premier : l’Académie se compose de 60 membres titulaires répartis en 5 sections, de 20 membres non résidants, citoyens français, de 8 membres associés étrangers, et Article deux : de 30 correspondants (6 par sections). L’Article 3 dit Les membres non résidants et les membres associés étrangers ne sont spécialement attachés à aucune section. Ils sont choisis parmi les savants les plus distingués par leurs travaux dans les sciences coloniales. Et j’ajouterai un élément de l’Article 4, Pour être titulaire, il faut être citoyen français, domicilié dans la région parisienne. Préoccupation contextualisant bien les conditions de déplacement de l’époque.

Rappelons qu’Alexandre Yersin, descendant d’huguenots français émigrés en pays de Vaud, avait acquis la nationalité française en 1888 pour pouvoir exercer la médecine en France.

A partir de 1973, les Membres non résidants furent dénommés Membres libres. Alexandre Yersin figure sur cette liste, à l’exception de l’Annuaire 2013, où son nom apparaît sur la liste des Associés, suite à une faute de frappe qui est déjà rectifiée sur le site de l’Académie.

 

A partir de 1889, la vie d’Alexandre Yersin se déroule à plein temps en Extrême-Orient et, de 1895 à sa mort, à Nha Trang. Certes, le pastorien revenait chaque année à Paris, mais, confiait-il à un journaliste en 1939, « c’est seulement pour garder le contact avec l’Institut Pasteur » (D. F. Minssen Yersin et sa famille, www.adaly.net/alexandre-yersin-et-sa-famille/). En 1934, il est nommé directeur honoraire de l’Institut Pasteur de Paris et revient tous les ans, jusqu’à 77 ans, présider l’assemblée générale (sauf pendant la guerre). Il profitait de ses brefs séjours pour discuter de ses recherches, pour présenter quelques communications scientifiques, faire des achats pour ses nombreux laboratoires. Aussi, il faut reconnaître qu’il n’a pas, ou extrêmement peu, fréquenté l’Académie, et il n’a pas été trouvé de trace d’une communication personnelle en séance.

 

En revanche, l’Académie est très honorée de compter un confrère comme le Dr Alexandre Yersin parmi ses membres. Aussi ses travaux et toutes les marques d’estime et de reconnaissance dont il fait l’objet sont-ils rapportés en séance. Ils le sont par des confrères qui l’ont côtoyé.

En séance du 19 juin 1925, Monsieur Georges Capus présente une communication sur « Comment fut découvert le microbe de la peste » à partir des notes du Dr Yersin ; Yersin le pria de garder ses notes, et Monsieur Capus les remit aux archives de l’Institut Pasteur à Paris. Monsieur Capus commence ainsi :  Avant de vous donner lecture de l’épisode du journal de bord de Yersin, permettez-moi d’esquisser, en quelques traits, la silhouette d’un de nos confrères qui fait le plus grand honneur à notre Compagnie. (Tome IV des Comptes Rendus p. 507). Au terme de la communication, le Président de l’Académie, Monsieur Hanotaux  remercie M. Capus d’avoir extrait des notes du Dr Yersin ces passages qui sont d’une importance considérable pour la science française. Il nous est extrêmement agréable de donner un nouvel hommage aux services qu’a rendus le Dr Yersin. Vous me permettrez d’y joindre le mien, car j’ai beaucoup connu le Dr Yersin à l’époque où il est parti près de Monsieur Doumer, pour commencer les grands travaux qui ont abouti à de si beaux résultats . Et il ajoute, Nous savons ce qu’est la vie de cet homme si charmant et si plein d’esprit. (Tome IV page 205).

En séance du 3 novembre 1927, les essais de culture de quinquina entrepris par Yersin font l’objet d’une discussion (Tome X p. 23).

En séance du 5 janvier 1928, le Président, Monsieur Lacroix, informe que  le Dr Yersin a reçu de l’Académie des Sciences le Prix le plus important dont elle dispose, le prix Georges Lecomte d’un montant de 50 000 francs.  (Tome X page 62). Cette distinction conduit le secrétaire perpétuel à demander une présentation de son œuvre lors de cette séance.

Le 28 février 1943, Alexandre Yersin s’éteint à Nha Trang. Lors de la séance du 19 mars, un vibrant hommage lui est rendu (1943, Volume 1, p. 182-195). Il est prononcé par un confrère, le Dr Noël Bernard, pastorien, premier biographe de Yersin, qui, pendant la période où il a présidé les Instituts d’Extrême-Orient, avait vécu dans le commerce immédiat de Yersin. Le Dr Bernard commence son éloge ainsi Au moment de la création de l’Académie des Sciences coloniales, le Dr Yersin a été parmi les premiers appelés à figurer parmi ses membres. Il était au nombre de ces grands serviteurs de notre pays dont les noms seuls attestaient la raison d’être, le caractère et les buts de votre Compagnie. Résidant à Nha Trang, il a été nommé Membre associé. p. 182. Le Dr Bernard poursuit : Son extrême timidité le contraint à éviter la fréquentation du monde et des hommes. p. 183.[ …] Il s’isole dans une existence solitaire qui paraît indifférente à tout ce qui l’entoure. […] uniquement possédé par son œuvre p. 189. Yersin, durant toute sa vie, avait recherché la solitude et l’effacement,p. 193.

L’Académie a donc régulièrement rendu compte des travaux scientifiques de son confrère. Vous le savez, Alexandre Yersin fait l’objet d’un culte au Vietnam, culte dont nous parlera Madame le docteur Anna Owaldi-Richardson. Il est entré au panthéon vietnamien, on l’appelle Ongnam,   Monsieur cinq », allusion aux cinq galons de son grade de médecin-colonel du Corps de Santé colonial. Il y est un génie bienfaisant et tutélaire. Je vous propose de découvrir l’expression de cette vénération à la fin de la séance grâce à un film du Docteur Jean-François Pays, membre de la Société de Pathologie Exotique, dont des représentants s’étaient rendus sur place en 2003 pour le soixantième anniversaire de sa mort.

On pourrait conclure cet éclairage sur Alexandre Yersin et l’Académie des sciences d’outre-mer en reprenant, mots pour mots, les phrases prononcées par le confrère Georges Capus lors de la séance du 5 janvier 1928 : N’ayant guère quitté l’Annam depuis près de 35 ans, il s’est toujours désintéressé de tout ce qui n’était pas l’action et il a négligé de mettre en relief les résultats de ses efforts. C’est à l’Académie qu’il appartient de le faire. (Tome X p. 64). Notre Institution joua ce rôle, et nous poursuivons cet objectif en lui consacrant une séance en cette année du cent cinquantième anniversaire de sa naissance et des soixante-dix ans de sa mort. Nous lui rendrons hommage aussi lors de notre voyage au Vietnam en mars 2014. Nous avons d’ailleurs intitulé ce voyage, Sur les traces de Yersin.

Je vous remercie.

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Commentaires : 3
  • #1

    Anna Owhadi Richardson (samedi, 08 juin 2013 12:06)

    Un grand merci à la Presidente Jeanne Marie Amat -Roze et au Secrétaire Perpétuel Pierre Geny pour l'autorisation de cette mise en ligne sur notre site...sans attendre un an pour le compte rendu des Actes ...C'est bien "Alexandre Yersin à l'heure d'Internet " . AD@lY signalera cette contribution d'un grand interet aux participants des 9 eme Assises de la Coopération décentralisée franco vietnamienne qui vont se tenir à Brest du 9 au 12 juin 2013.
    Nous attendons aussi les textes des autres intervenants ...

  • #2

    Delalande Philippe (vendredi, 14 juin 2013 11:42)

    Pourquoi les Vietnamiens ont-ils encore un culte pour Alexandre Yersin?
    1/ A Yersin ne s'est pas conformé au schéma de comportement de la société coloniale d'alors où la condescendance voire le mépris envers les Annamites étaient courants. Il eut un grand respect pour eux et s'est efforcé d'améliorer leurs conditions de vie. Il était conscient que la santé ne pouvait se dissocier du niveau de vie et de l'environnement. Il fut un précurseur de la notion de développement durable
    2/ Dans l'aire culturelle chinoise, la valeur suprême est l'épanouissement de "l'humanité" de l'individu "nhân" en vietnamien. combinaison de discrétion, de désintéressement, de respect, de grande culture et de dévouement pratique à l'épanuoissement du groupe. Yersin est apparu comme l'illustration vivante de cette valeur.

  • #3

    Jean-Marie Milleliri (samedi, 31 août 2013 16:34)

    Merci à l''Académie des Sciences outre-mer de m'avoir convié à cette demie-journée consacrée à Yersin le 24 mai dernier - cette journée m'a permis en outre de faire la connaissance de Madame Anna Owhadi Richardson et de préparer la conférence que je donne sur Yersin le 16 septembre à Marseille dans le cadre des 19èmes Actualités du Pharo : http://www.gispe.org/html/programme.html